Jean-Claude Rousseau, installé à la Ferme du Ponchel, bouleverse le monde de la culture en milieu rural depuis des années. Il a cette manie de ne pas rester entre initiés et d’aller à la rencontre des gens. Pour les écouter. Le riche propriétaire terrien, le cultivateur écolo, l’ouvrier agricole, le vieux qui a raté le virage de la modernité ou les ouvrières licenciées quand l’usine a fermé. Il met leur parole en scène et la leur restitue après l’avoir moulinée de son talent d’artiste. Cinq créations sont nées et ont été jouées devant un public très éloigné des sphères culturelles. À chaque fois, le succès !
Nourri de ces belles réussites, de cent quatre-vingt rencontres et deux cents heures de vidéo, visionnées, revues et retranscrites, Jean-Claude Rousseau a eu envie d’en extraire la moelle et d’écrire une pièce de théâtre. Identité[s] ? est né. Le spectacle a déjà été présenté à Pernes puis à Doullens. Il est programmé à la Ferme du Ponchel, le 1er juillet près d’Auxi-le-Château.
Monteur en scène
Fils d’ouvrier, Jean-Claude Rousseau n’était a priori pas destiné à évoluer dans le monde artistique. Il s’est engagé dans une formation de monteur-ciseleur en bronze. Mais sa bonne étoile était farceuse et s’est amusée à télescoper deux métiers. Aujourd’hui, l’homme écrit du théâtre en montant et en ciselant les paroles des gens. Le résultat pour ce nouveau spectacle Identité[s] ? est un texte dense, épais, serré qu’on a envie de réentendre pour ne rien rater. L’auteur s’y attarde longuement sur l’art du travail qui disparaît, sur la nécessité de la conscience de classe et d’appartenance à une famille, l’importance de ne pas oublier le passé et de l’assumer. Pour Jean-Claude Rousseau, ce sont les conditions essentielles pour « être riche de son identité. » Il poursuit : « Le théâtre est le véhicule de la parole enfouie des humbles, des gens simples. » Cette parole, les uns et les autres doivent l’entendre, surtout s’ils ne sont ni simples ni humbles. « La politique et la culture ont tout à perdre en restant dans les sphères de penseurs, prévient-il. La démocratie participative ne doit pas rester une langue de bois, un débat entre spécialistes. Il faut travailler avec les gens et pour les gens. Il faut travailler avec ceux qui n’ont l’information qu’à la télé, aller les voir, les entendre. Le développement local, c’est du porte-à-porte, presque du corps à corps ! »
Titiller dans l’esthétique
Le texte de Jean-Claude Rousseau est porté au millimètre sur la scène. Avec lui, cheminent un travail vidéo, différents registres de jeu, le chant et une attention particulière pour la lumière. « Je voulais faire du beau ! » explique le metteur en scène. Titiller mais dans une scénographie esthétique, élégante et soignée. L’objectif est atteint. Certes, l’homme a dû aménager la salle de spectacle avec 50 % de sa subvention annuelle de création ; certes, il lui a fallu ponctionner sur ses subsides pour acheter des centaines de mètres de rallonge, des vidéos projecteurs... Pas facile d’être créateur en milieu rural ! Jean-Claude Rousseau continue pourtant. Sans doute parce qu’il a compris qu’après ses spectacles, dans le cœur et dans la tête des gens, le réveil frémit.
Marie-Pierre Griffon
L'Echo du Pas-de-Calais n°85 - Juin 2007