"Vos récits
font nos créations"

Ils nous l'ont raconté

Un recueil de témoignages d'habitants du Pas-de-Calais et de la Somme

Ce livre s’appuie sur les entretiens menés par Jean-Claude Rousseau, lors de la création des spectacles "Trou de mémoire". Il invite le lecteur à suivre le chemin qui l’a mené d’Auxi-le-Chateau à Etaples, en passant par Lucheux, les Vertes Vallées, Beauval, Frévent, Saint-Pol-sur-Ternoise et Pernes. Sur ce chemin,vous découvrirez des habitants dont le parcours de vie entre en résonance avec la recherche personnelle et artistique de Jean-Claude Rousseau.

 


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EXTRAIT

Par hasard ?

Jean-Claude Rousseau est arrivé au Ponchel en 1994. Metteur en scène à Paris, il avait créé une école de théâtre, le Studio 7. Ça marchait bien, mais il voulait décentraliser son travail, changer de vie et s’installer à la campagne pour y faire un théâtre différent, loin de toute l’agitation et de la superficialité de la capitale.

On lui a conseillé la Picardie. Il est parti. Au hasard. Il a commencé à prospecter à la recherche d’un lieu susceptible d’accueillir comédiens et spectateurs. Son chemin l’a conduit dans la vallée de l’Authie. Il a été surpris de l’accueil qu’il y a reçu.
Plusieurs familles ont proposé de l’accueillir « logé, nourri, le temps qu’il faudra ». Au café, dans les villages, les clients venaient le saluer. A Paris, il n’avait jamais connu ça.

Son choix s’est porté sur une bâtisse en ruine à quelques centaines de mètres de l’Authie, au Ponchel, dans le Pas-de-Calais. Des arbres transperçaient certains murs de la maison. Du pigeonnier, il ne restait plus qu’un tas de briques et la grange était à moitié effondrée. Pendant qu’il visitait, il a entendu la voix aigüe et chevrotante de la voisine l’interpeller depuis la cour de la maison d’en face.
- Allez-y, entrez, vous pouvez visiter.

Pendant toute la durée des travaux, soit plus d’un an, il a logé chez cette dame. Quand il rentrait de Paris à deux heures du matin, après son travail, elle l’attendait avec une soupe qu’elle tenait au chaud pour lui. En contrepartie, pendant des heures, elle lui racontait les potins du village. Dans sa cuisine, les odeurs mêlées et indéfinissables lui rappelaient la maison de ses grands-parents. Quand il a enfin emménagé dans sa maison, elle lui a raconté avoir entendu la chouette. Mauvais présage, a-t-elle dit. La pauvre est partie en maison de retraite peu de temps après. Elle en était bien triste. Quand elle est décédée, on a proposé à Jean-Claude de la porter en terre avec les autres voisins. On faisait encore comme ça.

Un peu plus tard, il a eu des difficultés à financer les énormes travaux de restauration entrepris à la Ferme du Ponchel et les traites dues au marchand de matériaux d’en face s’accumulaient dangereusement. L’artisan non plus n’était pas du village. Arrivé de l’Est de la France avec sa nombreuse famille, il avait racheté l’entreprise du mari de la vieille voisine, « Les briques de l’Authie ». Après lui avoir expliqué la situation, Jean-Claude lui a demandé un délai pour payer ses dettes. La réaction de cet homme l’étonne encore : il a pris les traites et les a déchirées en disant : « Quand vous l’aurez, cette somme, faites comme vous avez dit, du théâtre. Et faites-le savoir. On a besoin de théâtre dans nos régions, c’est important, ça, pour nous, pour nos jeunes, pour la vie. »

Pour l’inauguration de la Ferme du Ponchel, avec l’aide de toute l’équipe de Paris, Jean-Claude a monté une pièce intitulée « Le théâtre ambulant Chopalovich ». Par curiosité d’abord, les villageois se sont peu à peu intéressés aux répétitions du spectacle. Elles se faisaient dans la cour de la Ferme du Ponchel, un endroit ouvert, sans mur ni clôture, que les agriculteurs, du haut de leur tracteur, ne pouvaient éviter de regarder. Invités à se joindre aux comédiens, les habitants se sont peu à peu intégrés à la distribution du spectacle, chacun avec un petit rôle en lien avec sa personnalité. Les représentations ont eu lieu dans la cour et tout le village était présent.

L’ambiance était évidemment bien différente de ce que l’on peut trouver dans les salles de spectacle parisiennes. C’était cela que le metteur en scène était venu vivre en province : la rencontre avec les gens.

 


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